Étape 2

La problématique

La problématique est le cœur de votre dissertation. Elle formule la tension philosophique que vous allez explorer. C'est elle qui donne tout son sens à votre réflexion !

Qu'est-ce qu'une problématique ?

La problématique n'est pas simplement une reformulation du sujet en question. C'est la mise en évidence d'un problème philosophique, d'une tension, d'une difficulté à résoudre.

Elle doit montrer pourquoi le sujet ne va pas de soi, pourquoi il mérite qu'on s'y attarde. C'est ce qui donne à votre dissertation sa dimension véritablement philosophique.

4 types de problématiques

1. Tension conceptuelle

Mettre en évidence une contradiction ou une difficulté interne à un concept ou une notion.

Sujet : La liberté est-elle l'absence de contraintes ?

Le concept de "liberté" semble d'abord défini par la simple absence d'obstacles. Mais une liberté absolue, sans aucune règle, peut mener au chaos. La tension réside dans le fait que la liberté semble nécessiter, pour s'exercer pleinement, un cadre qui la limite.

Problématique : "Comment concilier l'idée que la liberté se définit par l'indépendance avec le constat qu'elle semble nécessiter, pour être effective, un cadre qui la contraint ?"

2. Paradoxe

Souligner une affirmation qui va à l'encontre de l'opinion commune mais qui contient une part de vérité.

Sujet : Faut-il douter de tout ?

Le doute méthodique apparaît comme indispensable pour parvenir à la vérité. Cependant, douter de TOUT conduit à une impasse : on ne peut plus rien affirmer. Le paradoxe est que le doute, nécessaire pour fonder la connaissance, doit trouver une limite pour être fécond.

Problématique : "Dans quelle mesure le doute, condition nécessaire de l'accès à la vérité, doit-il lui-même s'arrêter devant certaines certitudes pour ne pas se détruire comme méthode ?"

3. Alternative (Fausse évidence)

Montrer qu'un sujet pose une question sous forme de "ou bien... ou bien...", mais que cette alternative est peut-être trop simpliste.

Sujet : L'art : imitation de la nature ou création de l'esprit ?

Le sujet oppose deux visions classiques de l'art : copier le réel ou exprimer une vision intérieure. Mais cette alternative est réductrice. L'artiste ne copie pas passivement, il interprète ; inversement, sa création s'inspire du monde.

Problématique : "L'œuvre d'art ne consiste-t-elle pas justement à dépasser cette alternative, en créant un objet qui, tout en prenant appui sur le monde sensible, lui donne une forme et un sens nouveaux issus de l'esprit ?"

4. Présupposé questionné

Identifier et interroger une croyance non-dite cachée dans la formulation du sujet.

Sujet : Peut-on justifier la violence ?

Le sujet présuppose que la violence est, en elle-même, quelque chose de négatif, d'illégitime. La première étape est de questionner ce présupposé : la violence est-elle toujours condamnable ? N'y a-t-il pas des violences "fondatrices" ou "légitimes" ?

Problématique : "En admettant que la violence constitue généralement une rupture de l'ordre social et moral, dans quelles conditions spécifiques pourrait-elle néanmoins trouver une légitimité ?"

Méthode en 6 étapes pour construire une problématique

1

Déplier le sujet

Identifier tous les termes importants. Les définir précisément (sens courant, sens philosophique). Repérer les connecteurs logiques ("et", "ou", "dans", "peut-on", "faut-il").

2

Chercher le présupposé

Se demander : "Qu'est-ce que ce sujet prend pour acquis ?" "Quelle opinion commune sous-tend sa formulation ?". C'est souvent le point de départ du problème.

3

Mettre en tension

Confronter les termes entre eux, ou un terme avec lui-même. Trouver la contradiction, l'aporie, le paradoxe. Poser des questions antagonistes : "D'un côté... mais de l'autre côté...".

4

Formuler une question directrice

Synthétiser la tension en une question unique et ouverte, qui ne peut recevoir une réponse par "oui" ou "non". Elle doit commencer par "Comment...", "Dans quelle mesure...", "En quel sens...".

5

Vérifier la fécondité

S'assurer que cette question permet de développer un plan dialectique (thèse/antithèse/dépassement) ou analytique. Elle doit ouvrir sur des arguments et des références philosophiques.

6

Affiner la rédaction

Rédiger la problématique de manière claire, élégante et concise. Elle est souvent annoncée par : "Le problème est donc de savoir...", "Nous nous demanderons...".

5 sujets du BAC avec leur problématique détaillée

1. Le travail rend-il libre ?

Présupposé : Le travail est généralement associé à la contrainte, à la nécessité. Le présupposé est qu'il s'oppose à la liberté.

Tension : D'un côté, le travail aliénant semble asservir. De l'autre, le travail peut être source de dignité, de reconnaissance sociale et d'expression de soi.

Problématique : "Comment une activité née de la nécessité et souvent vécue comme une servitude pourrait-elle être, paradoxalement, le moyen par lequel l'homme accède à la liberté et se constitue comme sujet ?"

2. La technique nous éloigne-t-elle de la nature ?

Présupposé : Il existerait un état de "nature" pur auquel l'homme appartiendrait originellement, et dont la technique le couperait.

Tension : La technique semble nous affranchir des déterminismes naturels. Mais cet affranchissement peut créer une nouvelle dépendance et une destruction de l'environnement.

Problématique : "La technique, en tant qu'expression de la raison humaine, nous permet-elle de maîtriser la nature au point de nous en extraire, ou au contraire, en transformant radicalement notre milieu, nous y enracine-t-elle dans un rapport de domination destructeur ?"

3. Faut-il toujours obéir à la loi ?

Présupposé : L'obéissance à la loi est un principe fondamental de la vie en société. Le "toujours" invite à chercher les limites de ce principe.

Tension : L'obéissance assure l'ordre social et garantit les libertés de tous. Cependant, une loi injuste peut exiger moralement la désobéissance.

Problématique : "Dans quelle mesure l'obéissance à la loi, condition nécessaire de la vie collective, peut-elle ou doit-elle trouver sa limite dans un devoir moral supérieur de résistance à l'injustice ?"

4. L'État doit-il protéger la liberté des individus ?

Présupposé : La protection des libertés est une fin évidente et consensuelle de l'État. Le problème est dans les moyens.

Tension : Pour protéger les libertés de chacun (ex: sécurité), l'État doit parfois les restreindre (ex: lois, police). La protection passe donc par une limitation.

Problématique : "Comment l'État peut-il accomplir sa mission de protection des libertés individuelles sans que les moyens nécessaires à cette protection ne viennent, par excès, annuler la liberté qu'ils sont censés défendre ?"

5. La recherche du bonheur est-elle un devoir ?

Présupposé : Le bonheur est un désir spontané. Le lier au "devoir" paraît étrange, car un devoir est souvent contraignant.

Tension : Le bonheur semble être une affaire privée, subjective. Pourtant, pour certains philosophes, viser la vie bonne est la fin de l'action humaine.

Problématique : "La recherche du bonheur, en tant que fin naturelle de tout être humain, peut-elle être érigée en obligation morale, sans contradiction, ou bien le devoir réside-t-il plutôt dans la recherche d'autre chose dont le bonheur ne serait qu'une conséquence possible ?"

8 formulations types pour la problématique

Comment concilier [idée A] avec [idée B apparemment contradictoire] ?

Dans quelle mesure [l'affirmation du sujet] est-elle vraie, sans pour autant négliger le fait que [objection forte] ?

En quel sens peut-on dire que [reformulation du sujet], sans pour autant [tomber dans un écueil] ?

Le problème est donc de savoir si [version radicale de la thèse] ou si, au contraire, [version radicale de l'antithèse], ou bien s'il existe une troisième voie.

S'agit-il de [première interprétation] ou de [seconde interprétation] ?

Comment [un concept] peut-il à la fois [caractéristique 1] et [caractéristique 2 opposée] ?

Dans quelles conditions [l'affirmation du sujet] peut-elle être considérée comme valide ?

Faut-il entendre [le terme du sujet] au sens de [sens 1] ou au sens de [sens 2], et quelles en sont les conséquences ?

6 erreurs fréquentes avec correction

Erreur : La problématique est absente, remplacée par une simple reformulation

"Peut-on être libre sans loi ?" → "Nous allons donc nous demander si on peut être libre sans loi."

Correction : Il faut montrer le CONFLIT : "Nous nous demanderons si la loi, perçue comme limitation extérieure, est un obstacle à la liberté, ou si au contraire elle en est la condition nécessaire en permettant une coexistence des libertés."

Erreur : La problématique est une question trop vague ou trop générale

"La culture nous rend-elle plus humain ?" → "Qu'est-ce que la culture ? Qu'est-ce que l'humain ?"

Correction : Ancrer la question dans la tension du sujet : "La culture, en nous éloignant de l'état de nature, nous perfectionne-t-elle en nous humanisant, ou risque-t-elle de nous aliéner en nous coupant de notre authenticité première ?"

Erreur : La problématique est fermée (appelle une réponse par oui/non)

"La science a-t-elle des limites ou n'en a-t-elle pas ?"

Correction : Ouvrir la réflexion : "Le problème est de déterminer si les limites de la science sont provisoires (liées à son état historique) ou constitutives (liées à sa méthode même), et ce que cela implique pour son autorité."

Erreur : La problématique est hors-sujet ou traite un autre débat

"Faut-il préférer l'injustice au désordre ?" → "Nous verrons pourquoi la justice est importante en société."

Correction : Rester dans la tension du SUJET : "Faut-il, pour garantir la paix sociale, accepter une certaine injustice, ou bien l'exigence de justice est-elle si absolue qu'elle justifie de troubler l'ordre établi ?"

Erreur : La problématique est noyée dans un long préambule

Développer pendant 15 lignes les définitions avant de poser enfin une question.

Correction : L'annonce de la problématique doit être le point d'orgue de l'introduction, claire, visible, et survenir après avoir exposé les éléments du conflit.

Erreur : La problématique et le plan sont déconnectés

Problématique sur la possibilité de la liberté, puis plan : I. Définir la liberté, II. Les obstacles, III. Exemples.

Correction : Le plan doit RÉPONDRE à la problématique. Si elle est "Comment la loi peut-elle être source de liberté ?", le plan pourrait être : I. La loi comme limitation. II. La loi comme condition de la liberté civile. III. La loi éducatrice et libératrice.

Ce que le correcteur attend vraiment

  • Une véritable question ouverte qui montre que vous avez compris l'enjeu philosophique du sujet (pas une simple reformulation).
  • Une tension identifiée entre deux thèses, deux définitions, ou entre l'évidence et la réflexion critique.
  • Un fil directeur qui guide toute la dissertation. La problématique doit être le cœur autour duquel s'organise votre réflexion.
  • Une cohérence avec le plan annoncé. Chaque partie doit répondre à un aspect de la problématique.
  • Une formulation claire et précise, qui se termine par un point d'interrogation et qui évite les formules creuses.

Exercice d'entraînement

Sujet : Est-il raisonnable de craindre la mort ?

Identifiez le présupposé et formulez une problématique mettant en tension deux positions philosophiques possibles.

Sofia