🔭
Essentiel BacÂge classique

Baruch Spinoza

1632 - 1677Hollandais (Amsterdam)

Rationalisme, Panthéisme

Biographie

Baruch Spinoza (1632-1677) naît à Amsterdam dans une famille juive portugaise réfugiée. Formé à la tradition talmudique, il est excommunié (herem) de la communauté juive en 1656 pour ses 'opinions et actes monstrueux' - probablement son rejet d'un Dieu personnel et de l'immortalité de l'âme. Il vit ensuite modestement comme polisseur de lentilles optiques, refusant une chaire à l'université de Heidelberg pour préserver sa liberté de penser. Son Traité théologico-politique (1670), publié anonymement, défend la liberté de philosopher et la séparation de la philosophie et de la théologie. Son œuvre majeure, l'Éthique, ne sera publiée qu'après sa mort (1677). Rédigée 'more geometrico' (à la manière des géomètres), elle démontre une métaphysique où Dieu s'identifie à la Nature, et une éthique visant la béatitude par la connaissance. Spinoza meurt à 44 ans de la tuberculose, aggravée par les poussières de verre inhalées dans son travail. Considéré comme athée et dangereux par ses contemporains, il sera réhabilité au XIXe siècle comme un des plus grands philosophes occidentaux.

Sa philosophie

Spinoza construit un système métaphysique rigoureux où tout découle d'une unique substance : Dieu ou la Nature (Deus sive Natura). Cette substance infinie s'exprime en une infinité d'attributs, dont nous ne connaissons que deux : la Pensée et l'Étendue. Tout ce qui existe est un mode (une modification) de cette substance unique. L'homme n'est pas une exception : il n'y a pas de libre arbitre au sens cartésien. L'âme et le corps sont une seule et même chose, vue sous deux attributs différents. Le désir (conatus) est l'essence même de l'homme : effort pour persévérer dans l'être. Ce qui augmente notre puissance d'agir produit la joie ; ce qui la diminue produit la tristesse. Les passions (affects passifs) nous rendent esclaves car elles viennent de causes extérieures. La liberté consiste à comprendre la nécessité des choses et à agir par la seule nécessité de notre nature. Par la connaissance du troisième genre (intuition intellectuelle), nous atteignons la béatitude : l'amour intellectuel de Dieu, qui est éternel.

Concepts cles

Substance / Deus sive Natura

Il n'existe qu'une seule substance, infinie et éternelle, qui est Dieu ou la Nature. Cette substance est cause de soi (causa sui) : elle existe nécessairement par sa propre essence. Tout le reste (les modes) en découle nécessairement, comme les propriétés d'un triangle découlent de sa définition.

Conatus / Désir

'Le désir est l'essence même de l'homme.' Chaque être s'efforce de persévérer dans son être (conatus). Ce n'est pas un manque mais une puissance, un élan vital. Le désir accompagné de conscience de soi est l'essence de l'homme.

Affects / Passions

Modifications du corps et de l'esprit qui augmentent ou diminuent notre puissance d'agir. Les trois affects fondamentaux sont le désir, la joie (passage à une perfection plus grande) et la tristesse (passage à une perfection moindre). Toutes les passions en dérivent.

Parallélisme

L'ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l'ordre et la connexion des choses. L'âme et le corps ne sont pas deux substances mais une seule réalité vue sous deux attributs différents (Pensée et Étendue). Il n'y a pas d'interaction entre eux.

Les trois genres de connaissance

1) L'imagination (connaissance inadéquate par les sens) ; 2) La raison (connaissance des notions communes, lois générales) ; 3) La science intuitive (connaissance de l'essence singulière des choses). Seul le troisième genre donne la béatitude.

Liberté / Nécessité

Est libre ce qui existe par la seule nécessité de sa nature et se détermine soi-même à agir. Seul Dieu est absolument libre. L'homme devient 'libre' en comprenant la nécessité des choses et en agissant par la seule puissance de son entendement.

Béatitude

État suprême de joie atteint par la connaissance du troisième genre. Elle consiste dans l'amour intellectuel de Dieu, c'est-à-dire la compréhension intuitive de l'unité de toutes choses en Dieu. Cet amour est éternel.

Oeuvres principales

Éthique (1677, posthume)

Chef-d'œuvre de Spinoza, rédigé more geometrico (définitions, axiomes, propositions, démonstrations). Cinq parties : Dieu, l'Âme, les Affects, la Servitude humaine, la Liberté humaine. Démontre le chemin vers la béatitude par la connaissance.

Traité théologico-politique (1670)

Défense de la liberté de philosopher. Spinoza y applique la méthode historico-critique à la Bible, séparant philosophie et théologie. Plaidoyer pour la tolérance et la démocratie.

Traité de la réforme de l'entendement (inachevé)

Méthode pour atteindre la vraie connaissance. Spinoza y critique les faux biens (richesses, honneurs, plaisirs) et définit le souverain bien comme la connaissance de l'union de l'esprit avec la Nature.

Traité politique (inachevé)

Réflexion sur les régimes politiques. Spinoza y analyse les conditions de stabilité des États et défend un régime démocratique fondé sur la raison.

Citations celebres

"Le désir est l'essence même de l'homme"

Éthique, III

"Deus sive Natura (Dieu, c'est-à-dire la Nature)"

Éthique, IV

"Nous ne désirons pas une chose parce qu'elle est bonne, mais elle est bonne parce que nous la désirons"

Éthique, III

"La béatitude n'est pas le prix de la vertu, mais la vertu elle-même"

Éthique, V
Voir toutes les citations

Teste tes connaissances

Quiz sur Baruch Spinoza : concepts, citations et oeuvres.

Commencer le quiz

Dialogue avec Baruch Spinoza

Pose tes questions a notre IA incarnant ce philosophe.

Commencer
EdTech AI Assistant